Nos vraies valeurs 

Et celles que nous affichons


Nos valeurs sont-elles vraiment les nôtres ?

Nous parlons souvent de nos valeurs comme d’une évidence. « Je crois en la liberté », « l’honnêteté est essentielle pour moi », « je valorise la famille ». Mais ces valeurs sont-elles réellement les nôtres ? Ou bien sont-elles le fruit d’une influence sociale si forte qu’elle nous empêche de discerner ce qui nous anime profondément ?

Friedrich Nietzsche et Pierre Bourdieu offrent deux perspectives complémentaires pour explorer cette question.

Bourdieu : l’héritage invisible de nos valeurs

Pour Pierre Bourdieu, nos valeurs ne sont pas uniquement des choix conscients. Elles sont largement façonnées par notre environnement social et culturel, au point que nous les percevons comme des évidences. C’est ce qu’il appelle l’« habitus » : un ensemble de dispositions profondément ancrées en nous, qui influencent nos préférences, nos jugements et nos comportements sans que nous en ayons pleinement conscience.

Ainsi, ce que nous pensons être nos propres valeurs peut en réalité être une simple reproduction des normes de notre milieu. Nous adoptons les valeurs de notre famille, de notre classe sociale, de notre époque, parce qu’elles nous semblent naturelles. Mais si nous prenions du recul, découvririons-nous qu’elles résonnent réellement avec ce que nous sommes ?

Nietzsche : créer ses propres valeurs

Friedrich Nietzsche, de son côté, critique violemment les valeurs héritées. Selon lui, la morale traditionnelle repose souvent sur une soumission à des principes que nous ne questionnons pas. Il oppose la « morale des esclaves » – qui nous pousse à suivre les règles imposées par la société – à la « morale des maîtres », où l’individu s’autorise à créer et choisir ses propres valeurs.

Nietzsche nous invite donc à une forme de rébellion intérieure : ne pas se contenter des valeurs reçues, mais chercher celles qui nous font vraiment vibrer. Cette démarche implique une introspection radicale. Il s’agit de se demander : quelles sont les valeurs qui me font me sentir pleinement vivant·e ?

Reconnaître ses véritables valeurs

Si nous croisons la pensée de Nietzsche et de Bourdieu, nous obtenons une double prise de conscience :

  • D’un côté, nos valeurs sont souvent un héritage inconscient (Bourdieu).
  • De l’autre, nous avons le pouvoir de nous en libérer et de forger nos propres repères (Nietzsche).

Comment identifier nos véritables valeurs ?

  1. Questionner nos automatismes : Est-ce que cette valeur me correspond ou est-ce que je l’ai adoptée par conformité ?
  2. Observer ce qui nous fait vibrer : Quels sont les moments où je me sens le plus aligné·e avec moi-même ?
  3. Oser remettre en cause : Ai-je le courage d’abandonner une valeur qui ne me parle plus ?

La confrontation entre l’héritage social et l’affirmation individuelle est un chemin inconfortable, mais il est essentiel pour mener une vie qui nous appartient vraiment. Comme le dit Nietzsche : « Deviens ce que tu es ». Un projet ambitieux, qui commence par une simple question : est-ce que cette valeur est vraiment la mienne ?

Participez à l’atelier « Nos vraies valeurs »